Au passage du promeneur, une grosse pierre se transforme en une immense feuille lumineuse dont les nervures enveloppent le minéral. Un lotus de lumière se balance au bout d’une longue tige souple. Dans une vasque de béton, une goutte d’eau crée à l’infini des cercles concentriques au rythme d’un cœur qui bat. A la surface d’un rocher taillé sur le modèle du labyrinthe de Chartres, l’eau va et vient selon des lois mystérieuses. Au milieu d’un jardin de mousses, un minuscule menhir scintille sous l’effet de la lumière. Un cadran solaire joue avec un miroir, un autre s’inscrit dans une souche savamment divisée en rayons. Autour de la mare, des plantes carnivores guettent les insectes. Un trou dans le sol invite à des visions troublantes par l’effet d’un jeu de miroirs dans le sol: Alice n’est jamais loin dans ce jardin des merveilles.
L’escalier qui mène à la maison est éclairé lui aussi par le jeu des fibres optiques et une grande ourse se dessine dans les trous percés dans la pierre tandis que la lumière joue dans les fougères.Une baignoire de marbre rose luit dans la nuit. Par un subtil et hilarant jeu de tuyaux, l’eau y arrive après un passage dans une chaudière en cuivre. L’artiste peut prendre son bain sous les étoiles en regardant jouer les renardeaux. L’eau vient d’une source, l’électricité, de l’énergie solaire et le bois, de la forêt.
Le petit jardin au centre du terrain est placé sous la protection d’une figure tutélaire végétale. Sa tête, c’est le foyer des grillades. Il a des aisselles en noisetier. Ses jambes entourent la maison et ses bras s’étendent au dessus d’elle. A la place du foie, un chêne-bonsaï. La table et les bancs du repas nichent dans sa poche. La tondeuse de Daniel Schlaepfer a suscité ce bonhomme qui enchante ses fils, tout comme la cabane, digne de l’art brut et les autres merveilles de cet immense terrain d’aventures. Quant aux végétaux, l’artiste les laisse bien libres, ouvert aux surprises du jardin en mouvement. Des plantes des Indes sont venues toutes seules rejoindre les fleurs et les arbres déjà installés sur le terrain: c’est le jardin des découvertes et de la surprise et la source des œuvres que, dans son atelier de Lausanne, Daniel Schlaepfer, rêve à l’écoute des bruissements du monde.